19 octobre 2026
Midjourney v8.1 reproduit un personnage protégé une fois sur trois. Ton brief aussi ?
IA & Création - Un rapport publié cette semaine classe Midjourney v8.1 dernier sur 15 modèles testés : 37 % de dérapages sur des personnages sous droits. Voici comment travailler sans finir dans un dossier contentieux.

37 %. C'est la part des prompts qui, chez Midjourney v8.1, ont produit un personnage protégé dans un contexte qu'aucun studio n'accepterait.
Le chiffre vient du premier rapport trimestriel de VN.ai, une start-up qui passe les générateurs d'images au crash-test du droit d'auteur. Deadline l'a relayé le 14 octobre. 15 modèles testés. Midjourney v8.1 arrive dernier. Pas sur un critère : sur les deux.
Ce que le rapport a mesuré
Deux choses.
- La reproduction de personnages sous droits, avec des prompts texte et, pour certains modèles, des prompts avec image.
- Les violations de « sécurité de marque » : le personnage apparaît dans un contexte nuisible. Violence, drogue, détournement.
L'exemple cité par la presse : un Joker qui fume, vêtu d'une robe qui rappelle furieusement celle d'Elsa. Deux franchises, deux studios, une seule image. Personne ne l'avait demandé.
Le détail qui compte pour toi : chaque modèle testé a généré au moins un personnage protégé. Même quand le nom du personnage n'apparaissait nulle part dans le prompt.
Autres lignes du rapport :
- MiniMax H3 : 55 % de vidéos hors des clous dès qu'une image de référence entre dans le prompt.
- Seedance 2.5 : en net progrès après des lettres de mise en demeure envoyées par Hollywood.
- Nano Banana (Google) : dans la liste des modèles qui ont laissé passer au moins un personnage.
Prudence de méthode : on n'a pas accès au document source de VN.ai, seulement à sa couverture presse. Le chiffre reste un signal. Pas une jurisprudence.
Le contexte juridique
Disney et NBCUniversal poursuivent Midjourney depuis juin 2025. Warner Bros Discovery a suivi. Midjourney plaide le fair use pour l'entraînement de ses modèles.
Le fondateur de VN.ai, Nelson Chu, a une phrase assez lucide : ces dérapages sont « bons pour le business », ils font parler des modèles. Jusqu'au jour où ce ne sera plus acceptable.
Et ce jour-là, ce n'est pas Midjourney qui livrera la campagne. C'est toi.
Pourquoi ça arrive sans que tu le demandes
Un modèle d'image apprend des associations. « Clown inquiétant, maquillage blanc, sourire rouge » : il connaît une réponse très célèbre à cette description. Il te la sert.
Le nom n'est pas nécessaire. La silhouette, la palette, l'accessoire signature suffisent. Une cape rouge, un éclair sur le front, des oreilles rondes noires. Le modèle complète.
C'est exactement le piège du brief flou. Plus ton prompt décrit un archétype connu, plus tu laisses le modèle choisir l'archétype le plus représenté dans ses données. Et le plus représenté est souvent sous droits.
Comment travailler proprement, concrètement
1. Désactive la mémoire de l'outil
Pour la génération d'images, on conseille de désactiver la mémoire. Une mémoire active recycle tes essais précédents, tes références, tes dérives. Si un personnage protégé est passé une fois dans la conversation, il a toutes les chances de revenir. Session propre, image propre.
2. Décris une direction artistique, pas un personnage
Au lieu de : « un super-héros en cape rouge ».
Plutôt : « une femme de 40 ans, manteau de laine bordeaux, col haut, lumière rasante de fin d'après-midi, grain argentique 400 ISO ».
Matière, lumière, cadrage, époque. Tu construis une image. Tu n'en convoques pas une.
3. Méfie-toi des images de référence
Le rapport le montre sur MiniMax H3 : l'image en entrée fait grimper le taux de dérapage. Une référence trouvée sur Pinterest a souvent un propriétaire. Utilise tes propres photos, tes croquis, tes moodboards maison.
4. Fais le test du sosie
Avant de livrer, pose une question simple à deux personnes autour de toi : « Ça te fait penser à quoi ? » Si la réponse est un nom de franchise, recommence.
Tu peux aussi faire passer l'image dans une recherche inversée. Ça prend 30 secondes.
5. Documente ta chaîne
Prompt, version du modèle, date, références utilisées. Un simple tableur suffit. Le jour où un client ou un juriste pose la question de l'origine, tu as une réponse. Pas une intuition.
Et pour le droit d'auteur sur tes propres images ?
C'est l'autre face du sujet. L'avocate Aurore Sauviat, spécialiste propriété intellectuelle, détaille dans un épisode du podcast « Promenons-nous dans le droit » les deux temps du problème : l'amont (comment les modèles ont été entraînés) et l'aval (ce que l'utilisateur peut revendiquer sur un résultat). Une heure bien investie avant ta prochaine campagne.
Ce qu'on en retient en formation
Midjourney reste un outil remarquable pour l'image. Le rapport ne dit pas d'arrêter. Il dit que le modèle ne fera pas le tri à ta place.
Le tri, c'est ton métier de directeur ou directrice artistique. Il l'était déjà avec la photo de banque d'images. Il l'est encore plus avec un modèle qui a tout vu et ne cite jamais ses sources.
Le Joker n'avait rien demandé. Elsa non plus.
Écrit par Nathalie Dupuy, fondatrice d'IALS et formatrice en IA générative à Lyon.
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